Des dizaines d’entités chinoises ont été placées sur la « liste noire » des exportations américaines, mardi 25 mars : une liste qui interdit à certaines entreprises ou entités d’acheter des semi-conducteurs américains. Il s’agit de la toute première mesure de l’administration Trump dans la politique menée sur le terrain des semi-conducteurs contre la Chine, un acte qui s’inscrit dans la politique initiée par Joe Biden, son prédécesseur.
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Cette fois, la mise à jour de la liste noire a plusieurs objectifs, détaille dans son communiqué le Bureau de l’industrie et de la sécurité (BIS) du ministère du Commerce américain : « restreindre la capacité du Parti communiste chinois à acquérir et à développer des capacités de calcul à haute performance et “exascale” (les supercalculateurs, NDLR), ainsi que des technologies quantiques, pour des applications militaires ». Mais il s’agit aussi d’« empêcher la Chine de développer son programme d’armes hypersoniques », précise le BIS.
Depuis 2019 puis octobre 2022, le département américain du Commerce met régulièrement à jour une « liste des entités » et ses règles relatives aux exportations ; un ensemble de règles qui vise à ralentir la Chine dans son développement de semi-conducteurs destinés à l’intelligence artificielle ou à des applications militaires. Toute entreprise se trouvant sur la liste des entités doit demander une licence pour acheter certains produits fabriqués aux États-Unis – à l’image des semi-conducteurs. L’autorisation demandée sera systématiquement refusée si la demande provient d’une entité qui a été « blacklistée ».
Les produits développés grâce à une technologie américaine, aussi infime soit-elle, sont aussi concernés, en vertu d’une règle extraterritoriale connue sous le nom de « règle des produits étrangers directs » – ce qui permet à l’administration américaine d’imposer cette norme à tous les alliés des États-Unis, et à un très grand nombre de produits.
Objectif : corriger les failles juridiques dans lesquelles se sont engouffrées les entreprises chinoises
Mais malgré l’apparente rigidité de ces règles, la Chine est parvenue, par différents moyens, à les contourner, notamment en passant par des filiales ou des entreprises tierces pour s’approvisionner en semi-conducteurs. La mise à jour du mardi 25 mars vise justement à corriger ces failles. Parmi les 80 groupes chinois ajoutés à la liste noire, on trouve par exemple « deux entités chinoises ajoutées pour avoir vendu des produits à Huawei et l’entité affiliée HiSilicon », deux sociétés qui sont déjà sur la fameuse liste.
Les 80 groupes comprennent aussi des clients de fabricants de semi-conducteurs américains comme Nvidia, Intel et AMD. Parmi eux : six filiales chinoises d’Inspur, note le Financial Times, qui rappelle que cette société qui propose des offres de cloud a travaillé avec le fabricant de puces américain Intel. En 2023, Inspur avait bien été ajoutée à la liste des entités (interdites), mais pas ses filiales. Ces dernières sont cette fois bien ciblées. Elles auraient, selon Washington, contribué au développement de superordinateurs à usage militaire destinés à la Chine. Ces entreprises auraient également développé de grands modèles d’intelligence artificielle et des puces avancées à des fins militaires.
Une entreprise française aussi visée
Dans la liste, se trouve aussi la Beijing Academy of Artificial Intelligence (BAAI), un institut de recherche sur l’IA à but non lucratif, créé en 2018, Henan Dingxin Information Industry, Suma Technology, Suma-USI Electronics, et Nettrix Information Industry.
Cette dernière société avait fait l’objet d’une enquête du New York Times l’année dernière. Nos confrères avaient révélé que cette entreprise, l’un des plus grands fabricants chinois de serveurs informatiques utilisés pour développer de l’intelligence artificielle, avait été créée en partie pour contourner des restrictions américaines. Elle avait en effet été formée par d’anciens employés de Sugon, une entreprise aussi présente dans la liste noire depuis plusieurs années pour avoir fourni des ordinateurs de pointe à l’armée chinoise. Or Nettrix aurait pris la suite de Sugon en utilisant sa technologie, et en fournissant des systèmes à ses anciens clients.
« Nous ne permettrons pas à nos adversaires d’exploiter la technologie américaine pour renforcer leur propre armée et menacer la vie des Américains », a déclaré Howard Lutnick, le secrétaire américain au commerce, cité dans le communiqué. À noter que les sociétés chinoises ne sont pas les seules visées par cette mise à jour : des filiales d’une société française (Dart Aviation), déjà visée en 2019, ont aussi été ajoutées à la « liste des entités ».
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